Un dialogue intergénérationnel pour briser les silences
La lumière s’allume sur scène, et une phrase s’affiche : « Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas des choses qu’elles n’existent pas. » C’est le point de départ d’un spectacle porté par Diane Prost, comédienne trentenaire, qui s’adresse à sa grand-mère décédée. Ce dialogue imaginaire s’ancre dans une quête personnelle : celle de révéler une identité qu’elle n’a jamais osé partager avec cette figure admirée. À travers un héritage symbolique — un livre d’histoire transmis par l’aïeule — la comédienne retrace la vie de femmes oubliées, en particulier celles qui, comme elle, ont aimé des femmes.
Rendre visibles les invisibles
Sur scène, Diane Prost incarne des figures féminines marginalisées par l’Histoire. Certaines ont réellement existé, d’autres sont des créations pour combler les silences des archives officielles. L’objectif ? Déconstruire un récit souvent biaisé, écrit par des hommes, et qui a effacé ou déformé les expériences féminines. La poétesse grecque de l’Antiquité, souvent censurée ou réinterprétée, en est un exemple marquant. Le spectacle redonne également vie à des femmes aux rôles multiples : artistes, militantes ou encore anonymes, toutes réduites au silence par les siècles.
- Une femme préhistorique imaginée comme symbole de paix et d’échange.
- Des créatrices et penseuses comme Olympe de Gouges, pionnière des droits des femmes.
- Des figures historiques revisitées avec une touche d’humour et d’humanité.
Une démarche artistique et militante
Ce projet, Diane Prost le porte depuis longtemps. Dès ses débuts au théâtre, elle explore des thématiques féministes et queer, parfois de manière provocante, comme lors d’une performance inspirée des Femen. Mais il lui faudra des années pour transformer cette énergie en un spectacle à la fois accessible et percutant. Les recherches, entamées au moment de l’explosion du mouvement #MeToo, l’ont confrontée à la violence des récits historiques. Face à cette charge émotionnelle, elle a trouvé refuge dans l’humour, guidée par une autrice complice qui l’a aidée à équilibrer sérieux et légèreté.
Rire pour mieux comprendre
Sur scène, la comédienne joue avec les contrastes. Elle rit de l’absurde, de la brutalité des situations ou de l’incohérence des récits historiques. Cette approche humoristique permet d’engager un public plus large, d’ouvrir la discussion sans heurter. « L’humour désarme », explique-t-elle. Mais derrière les rires, le message reste profondément engagé : il s’agit de dénoncer, de sensibiliser et, surtout, de réconcilier.
Entre intime et universel
Le spectacle, qui a déjà connu plus de 200 représentations depuis 2020, reste profondément ancré dans le vécu de Diane Prost. Elle y aborde également son propre coming out, une expérience faite de complexité et de douleur, mais racontée avec une sincérité désarmante. Le fil rouge de cette aventure théâtrale, ce dialogue fictif avec sa grand-mère, trouve son apogée dans une scène émouvante qui rappelle que l’espoir et la solidarité restent les moteurs du changement.
Un appel à l’action collective
Au-delà de l’histoire personnelle qu’il raconte, ce solo est une invitation à réfléchir et à agir. Diane Prost ne cherche pas à imposer un message, mais à éveiller les consciences, à montrer que le changement est possible si nous avançons ensemble. Le spectacle, à la fois drôle et militant, ne sombre jamais dans le pessimisme. Il célèbre au contraire la puissance collective et la résilience des femmes à travers les âges.