Un climat d’angoisse pour les personnes LGBTQ+ en Côte d’Ivoire
Les rues de certains quartiers d’Abidjan, comme Yopougon, sont devenues des espaces de danger pour des jeunes comme Nicolas, un apprenti coiffeur de 21 ans. Après une agression brutale aux mains d’un groupe, il vit dans une peur constante. Pour se protéger, il dissimule son visage et évite de trop attirer l’attention. Ce qui était autrefois un quartier relativement sûr pour les minorités sexuelles est désormais marqué par des violences ciblées, alimentées par des discours de haine en ligne.
Un refuge qui s’effrite
Abidjan, souvent perçue comme une ville tolérante pour les communautés LGBTQ+ en Afrique de l’Ouest, connaît une montée inquiétante de l’intolérance. Les lieux autrefois considérés comme des espaces de sécurité, comme les salons de coiffure ou les places de quartier, sont désormais des cibles. Les agressions se multiplient, souvent accompagnées de discours haineux perpétués par des figures influentes.
Le rôle toxique des réseaux sociaux et des leaders d’opinion
Des influenceurs ivoiriens, notamment des figures religieuses, ont joué un rôle central dans la diffusion de messages homophobes. À travers des accusations infondées, comme la pédocriminalité ou la transmission de maladies, ces discours ont attisé une haine collective. Des millions de vues sur des vidéos de propagande ont contribué à transformer les rues en terrains d’agression, où des descentes violentes ont lieu régulièrement.
- Accusations non vérifiées véhiculées en ligne
- Incitation directe à la violence par des figures publiques
- Propagation rapide de la haine grâce aux plateformes numériques
Un vide juridique lourd de conséquences
En Côte d’Ivoire, l’absence de lois claires protégeant les personnes LGBTQ+ aggrave la situation. Si l’homosexualité n’est pas explicitement pénalisée, aucune mesure ne protège non plus ces individus contre les agressions. Ce vide juridique laisse les victimes sans recours, et les autorités, souvent complices par leur inaction, ferment les yeux sur les abus.
Des plaintes ignorées ou bloquées
Les témoignages de victimes révèlent un système où porter plainte devient un parcours semé d’obstacles. Les forces de l’ordre découragent les démarches, laissant les agresseurs agir en toute impunité. Cette absence de soutien institutionnel exacerbe la vulnérabilité des personnes LGBTQ+.
Des métiers à risque et une communauté en détresse
Les coiffeurs et coiffeuses, souvent membres de la communauté queer, sont particulièrement visés. Ce secteur, autrefois une échappatoire pour de nombreux jeunes LGBTQ+, est désormais associé à un danger permanent. Les salons, qui ferment temporairement ou définitivement après des attaques, témoignent de la fragilité économique et sociale de cette communauté.
Un quotidien marqué par la peur
Les récits, comme celui de Marcel, montrent comment des professionnels doivent fuir ou se cacher pour échapper aux violences. Pour beaucoup, travailler devient synonyme de risque. Les blessures physiques s’accompagnent d’un traumatisme psychologique profond.
- Incapacité à maintenir une activité économique stable
- Fermetures prolongées des commerces LGBTQ+
- Conditions de travail marquées par une anxiété constante
Un exil forcé pour survivre
Face à la recrudescence des violences, de nombreux membres de la communauté LGBTQ+ envisagent l’exil comme seule issue. Le Maroc, bien que répressif envers l’homosexualité, est perçu comme une destination légèrement plus sûre que la Côte d’Ivoire. Certains, épuisés et sans ressources, se retrouvent à dormir dans la rue en attendant une opportunité de partir.
Un avenir incertain
Les associations, autrefois actives dans la protection des droits LGBTQ+, ont cessé leurs activités par peur des représailles. La communauté se retrouve donc livrée à elle-même, sans filets de sécurité. Cet épuisement collectif pousse de nombreux jeunes à renoncer à leur pays d’origine.
De l’urgence d’agir
La montée de l’homophobie en Côte d’Ivoire reflète un basculement inquiétant dans une région autrefois considérée comme tolérante. Il est essentiel que la communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les gouvernements agissent rapidement pour offrir un soutien et dénoncer cette vague de violences. Les vies de milliers de personnes sont en jeu.